ENTRE LES LIGNES
Depuis « Sortie de scène à Charleroi », soit le septième volume des enquêtes de Stanislas Barberian, bouquiniste chasseur de livres rares et enquêteur dans l’âme, on se demandait ce que Francis Groff fabriquait. On le voyait bien passer de temps à autre à travers Charleroi sur sa Royal Enfield, en l’imaginant suivre une piste nouvelle dans les traces de son détective amateur roulant en Facel-Vega, mais rien ne transpirait…
Mettant fin au suspense, l’auteur nous donne à connaître l’histoire de « L’Homme sous le toit ». Un roman où, en couverture, sur fond rouge, le regard d’un chat sonde les humains.
Alors que l’on attendait un nouvel épisode de la formidable série des Stanislas explorant la société au travers d’énigmes se déroulant dans des villes considérées comme des personnages, Francis Groff s’enfonce dans les ténèbres d’un de ces faits de la vie qui apparaissent comme des étoiles filantes dans l’actualité puis que l’on oublie car c’est trop gris et suscite une peur larvée.
Le livre parle d’une maison, d’un homme, d’une femme, de leurs enfants, d’une existence sans aspérités apparentes. Cette banalité de surface se fissurera suite à une crise se développant en silence.
Dès les premières lignes, le ton de la confidence retient l’attention avec une poigne de fer. Construit avec minutie, le récit s’articule selon trois témoignages. Celui du narrateur, qui observe. Celui du personnage central, qui se confie à un journal intime. Et celui du chat au détachement d’entomologue.
C’est ce qui fait l’originalité de cet ouvrage où un fait divers se reconstitue avec la patience du maquettiste réussissant, grâce à des petits leviers, à faire s’élever la silhouette d’un navire dans une bouteille telle que l’on en découvre dans les brocantes ou les greniers poussiéreux. Dès la première scène du roman, beaucoup est dit de l’homme qui chercherait à s’évader en créant cet objet de rêve. Se dégage déjà cette angoisse ténue qui, de page en page, virera au paroxysme. Telle la marche en apparence paisible du couple enraciné dans le décor d’une petite ville des Hauts-de-France, qui finira en course folle.
Avec « l’Homme sous le toit », roman d’une sobriété libérant l’imaginaire, Francis Groff sublime peut-être les histoires recueillies quand il était un reporter couvrant les faits divers, fasciné toujours par les mystères de l’âme des humains. Sa maîtrise se fonderait sur une méditation où le lecteur finit par se chercher lui aussi, à la fin, dans le grand cirque de la vie.
Marcel Leroy
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