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Divertir avec Marc Meganck.

Article publié sur divertir.eu le 15/02/2022.

Interview de l’auteur de « Le jour où mon père n’a plus eu le dernier mot » par Maxime Lopes.

  • D’où vient votre passion pour l’écriture ?
    De l’observation de ce qui m’entoure, la ville, les paysages, et surtout les gens, et par là les relations humaines. J’aime mettre des mots sur ces différents éléments, décrire à la fois le contexte général et les voix intérieures, l’anodin et le sensible.

  • Pouvez-vous nous présenter votre livre Le jour où mon père n’a plus eu le dernier mot ?
    C’est un roman sur les blessures de l’enfance. Parce que celles-ci peuvent être tenaces. Au sein de sa famille, le narrateur, William Braecke, a manqué cruellement de tendresse et de soutien. Il a toujours été dans la marge, autre : différent. Pour se sauver, il n’a d’autre choix que de faire parler son père, Kasper Braecke. Le faire parler coûte que coûte avant, qui sait, de le faire taire.
    Et pour y arriver, il va lui proposer de partir en voyage, loin vers le Nord et l’Islande.

  • Que peut-on savoir de votre personnage principal, William Braecke ?
    La quarantaine, il travaille dans le département d’archéologie d’un musée. Il vient de rompre avec une jeune femme, Anaïs… Il a surtout en lui la volonté — et le besoin — d’obtenir des réponses à une série de questions qui ont hanté son enfance et sa jeunesse, des questions qui le poursuivent d’ailleurs toujours, jusqu’à torpiller ses relations familiales et amoureuses, jusqu’à miner sa santé.
    Face à lui, il y a un père austère, raciste, distant. Un frère aussi, Didier, qui le déteste. Et enfin une mère, Claudine, silencieuse, soumise à l’autorité du père et de la religion. William a tout fait pour sortir de ce carcan familial oppressant, en prenant d’autres chemins (les études, l’écriture…), en refusant d’avoir peur…

  • Pourquoi évoquer les relations paternelles et comment vous est venue cette idée ?
    Les années passent. Le milieu de vie est là. Et je suis père moi aussi… Le temps et la transmission sont des thèmes qui me parlent beaucoup. Arrivé à un certain moment de son existence, on a envie de clarifier certaines choses pour continuer à avancer en paix, si pas avec les autres, au moins avec soi-même. S’interroger sur « le rapport au père » constitue pour moi une charnière importante pour évoluer, grandir. C’est en tout cas un thème assez récurrent dans mes romans…

  • Quelles sont les relations avec votre père ?
    Il y a évidemment un grand écart entre ce roman et la vraie vie… Mais pour être franc, les relations avec mon père n’ont jamais vraiment été au beau fixe.

  • En quoi le voyage sur la route maritime des pêcheurs d’Islande vous intéresse-t-elle ?
    L’idée d’un objectif insulaire — l’Islande comme point final — colle parfaitement bien au propos. Car il s’agit d’isoler le père, Kasper Braecke, loin de son quotidien, sur une île, un monde clos, délimité par des eaux froides. Une île avec un climat glacial, comme le sont les relations entre ce père et de ce fils. La route des pêcheurs d’Islande qui partait autrefois du Nord de la France ou de Flandre était jalonnée d’une série d’archipels, en particulier les Orcades, des Shetland et les Féroé. Ces chapelets d’îles constituent autant de jalons dans la trame du roman, des étapes où le père et le fils vont se questionner, se mesurer, seuls sur la mer et dans des paysages balayés par le vent…

  • Ce voyage est inspiré d’un roman de Pierre Loti. Comment l’auteur vous inspire-t-il ou a-t-il piqué votre curiosité ?
    Dans le roman, Pêcheur d’Islande de Pierre Loti est le seul livre que le père ait jamais lu. William va s’en servir comme d’un appât pour le convaincre de partir en voyage avec lui, pour élaborer un itinéraire loin vers le Nord. J’aime particulièrement les écrivains voyageurs. Et, d’une certaine façon, Loti s’imposait quand j’ai décidé de faire voguer les personnages vers l’Islande. Son roman n’apparaît cependant qu’en filigranes dans l’histoire. Il sert de prétexte, d’amorce pour enclencher ce « voyage-vérité », ce périple d’un père et d’un fils que tout ou presque oppose…

  • Comment écrivez-vous vos romans : plutôt papier ou clavier ?
    Papier ! J’ai écrit la plupart de mes romans dans les cafés, dans les bistrots. Toujours le même rituel, un carnet, un stylo, un verre à portée de main, le brouhaha et les silhouettes de l’établissement pour décor. Après ces séances d’écriture, je marche dans la ville, je continue d’écrire mentalement. Le clavier n’intervient que chez moi, quand je retranscris les pages de mes carnets…
  • Des séances de dédicaces avec vos lecteurs sont-elles prévues et en quoi ces moments d’échanges vous intéressent-ils ?

    En raison de la pandémie de Covid-19, les grands salons du livre de ce début d’année ont hélas été annulés ou reportés, voire « adaptés ». Mais des présentations du roman et des rencontres sont heureusement prévues dans les prochaines semaines. C’est à chaque fois un moment particulier d’être confronté à des femmes et des hommes qui ont lu mon livre, une façon de voir mon texte sous un autre angle, de l’extérieur, avec des questions, des avis qui convergent ou divergent. Et c’est toujours enrichissant !

  • Que souhaitez-vous dire pour terminer ?
    Je me sens un peu orphelin de mes personnages. Depuis que le livre est sorti de presse, ils mènent leur vie sans moi, ils m’appartiennent de moins en moins. Quand je ne les verrai plus sur la ligne d’horizon, je sais que le moment sera venu de m’atteler au prochain roman…

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