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ENTRE LES LIGNES. Autrefois, j'aimais la pub. Je me suis même demandé, à la fin de mes études de journalisme et de communication sociale, si je n'allais pas me laisser tenter par une carrière là-dedans. Hélas ! J'étais déjà journaliste... S'il vous plaît, ne dites pas comme ces IA obséquieuses pour lesquelles tout ce que vous faites est d'or, Jean, mais quelle perte cela aurait été pour l'écriture en général et pour le journalisme en particulier ! La pub, c'était créatif, insolent, drôle, beau, un peu provocateur dans un monde qui était tout de même très frileux. Je me souviens de ce chat noir dont la queue était le bec fumant d'une cafetière. Pas un mot, rien d'autre. J'admire encore aujourd'hui, 59 ans plus tard. (Regardez l'image, je me tais dix secondes.)
Julian Key. Le 4 septembre, quand elle enleva le bas... J'en ai déjà parlé, passons au fait. J'ai un ami qui lui, a réussi dans la pub : André Rysman, un vieux de la vieille, dont l'analyse historique et contemporaine de son métier vaut son pesant de cacahuètes (et la modique somme de dix euros). Une dame qui a la moitié de son âge et qui pratique de nos jours cet exercice infamant qui faisait souhaiter en son temps à Jacques Séguéla que sa mère l'imagine plutôt pianiste dans un bordel, une dame au nom invendable, Aurélie Russanowska, pleine de questions et même d'angoisse, a eu l'excellente idée de le rencontrer longuement trois fois, la première au petit déjeuner, la deuxième au déjeuner et la troisième et dernière au dîner, un soir de presque gueule de bois. Il en est sorti un petit livre charmant, « La Pub, clap de fin ? », qui vient de sortir aux éditions F deville. Une longue interview qui serait plutôt une longue entrevue. C'est plein d'anecdotes, de réflexions, de constats, de pronostics qui sont frappés au coin de l'intelligence plutôt que du cynisme. Bon, je ne vais pas vous raconter le livre, que j'ai dévoré en une fois au milieu d'une nuit d'insomnie cette semaine, mais par exemple, moi, j'ignorais complètement que Julian Key, au nom si bien trouvé, s'appelait Julien Keymolen comme n'importe qui. Je vais quand même vous dire qu'aujourd'hui, la pub m'ennuie et que je ne suis pas le seul dans le cas. Elle se fourvoie dans le fade, le bienveillant nunuche, le je ne veux déplaire à quiconque donc je n'épate plus personne, la redite, le banal – bref, elle n'a plus, la plupart du temps, rien d'artistique. Ha ha, me dira-t-on ! Il n'y a pas que cette voie bêlante qui fait hurler de rage durant les tunnels publicitaires de France TV, il y a aussi le loup d'Intermarché, non ? Si. Explication de spécialistes : elle ne cherchait pas à convaincre, cette pub, mais à faire ressentir. L'empathie plutôt que la conviction... Et si moi je ne suis pas parvenu à vous convaincre de lire ce petit bouquin qui fait ressentir plein de choses, dans une bienveillance qui justement n'est pas gnangnan mais parfois féroce, eh bien, c'est que je suis nul en pub et que finalement, j'ai bien fait de choisir l'écriture. Qui vient de dire non dans le fond de la salle ? Je ne connais pas Aurélie Russanowska, même si je sais qu'elle adore le chardonnay. Il est donc inutile de crier au spécial copinage. Jean Rebuffat |
La Pub entre les lignes
Un article de Jean Rebuffat dans Entre les lignes.
