Pas simple, pour un Grec, d’être le roi de Jérusalem par les temps qui courent.
Pas simple de rester le plus riche. De damer le pion aux autres marchands, de faire rentrer l’or et l’argent en affrétant des navires, en vendant de l’urine ou en faisant commerce d’esclaves.
Pas simple de tenir à distance Ponce Pilate et les gros bonnets romains et juifs, très prompts à vous faire retrouver vos ancêtres d’un bon coup de dague.
Phidias prend toutes les précautions pour continuer à s’enrichir un maximum sans jamais vexer personne. C’est son cher esclave nubien Khêto, bien plus futé en somme, esprit retors et aussi diplomate que machiavélique, qui fait tourner la belle mécanique mise en place.
Jusqu’au jour où Phidias — allez savoir pourquoi ? Pour être vu ? Pour voir ? — décidé d’assister au procès de ce juif que Ponce Pilate va certainement condamner à la crucifixion, car ses prêches menacent le subtil équilibre politique maintenu par Rome. Sur le chemin, Phidias croise la route d’un pendu. Suicidé, selon Demetrios, son médecin personnel dépêché au pied de l’arbre où un groupe d’amis se recueillent. N’aurait-il pas plutôt été assassiné, ce Judas ? C’est là que tout va partir en vrille…
Patrizio Fiorilli s’en donne à cœur joie, pour notre grand plaisir, à proposer une lecture quelque peu sacrilège de ces jours qui entourent la mort (supposée ?) et la résurrection (inventée ?) de Jésus. D’une écriture élégante, mais capable de toutes les facéties, il nous livre une nouvelle vérité historique tellement étonnante que, pour un peu, on y croirait. (Mais croyait-on a l’autre ?) Ce roman sur la manipulation des faits historiques et leur apparence n’est pas sans rappeler Le complot des philosophes (alias La source S) de Philippe Raxhon, autre regard iconoclaste sur les origines du christianisme.
On en vient presque alors à regretter que Fiorilli n’ait pas assumé jusqu’au bout l’option narrative choisie pour développer l’intrigue de son roman noir et qu’il se sente comme obligé, en fin de récit, de tout expliquer ou justifier. Mais ça n’enlève rien à la connivence de la lecture et à la découverte d’un style abouti et séduisant. (CD)
Voir sur le blog du Festival Nuit blanche du Noir