Ce livre témoigne d’une année d’observation parmi d’autres professeurs stagiaires. S’il est volontairement caustique, son but est de pointer du doigt toutes les incohérences d’un système malade, révélant ce que les médias appellent, avec une tournure euphémique, « le malaise enseignant ».
Une fois le concours de l’enseignement en poche, on se dit que ça y est : on va pouvoir passer le reste de sa vie à transmettre ce que l’on aime à de charmants bambins en quête de savoir. Le tout avec la tranquille assurance de celui qui se sait en possession de son CDI à vie, de deux mois de vacances et de 18 heures de cours par semaine. Cependant, il reste encore une ultime épreuve avant une titularisation en bonne et due forme : l’année de stage.
Entre un chef d’établissement qui confond gestion d’un service public et entreprise privée, des formateurs porteurs d’une idéologie à la bienveillance, la pression implicite des inspecteurs, et celle, plus explicite, des parents désormais acteurs de l’éducation, le stage relève d’une survie en milieu hostile.
Quant aux élèves, ils sont relégués au second plan… quelle ironie de la part d’un système qui prétend les mettre au cœur de ses préoccupations.
40 % des élèves sont en difficulté à la sortie de l’école primaire. 40,5 % des élèves de 15 ans ne maîtrisent pas la lecture.
On retrouve dans son ouvrage l’ambiance.
Le proviseur qui a désormais le droit de vie ou de mort sur ses terres. L’inspecteur qui déteste se sentir inutile. Et comme si les tensions entre l’administration ne suffisaient pas, il y a aussi des tensions au sein même de l’équipe.
« Politesse et considération envers le corps enseignant sont désormais passés de mode. »
L’Éducation nationale devient un vaste palais de cristal dans lequel on ne peut plus faire un pet de travers.
Elle raconte ces petites phrases anodines qui peuvent engendrer une catastrophe. Car pour elle, l’amour de son métier doit rimer avec passion et non rémunération.
« Le fonctionnement des élèves en classe est le miroir de cette société : dites-leur qu’ils ne seront pas notés, ils ne feront pas le travail.
La notation est ainsi devenue une fin, et non un moyen, ce qui ne fait qu’alimenter l’absurdité d’un tel système. On travaille pour la note et non pour devenir un adulte responsable, capable d’esprit critique. »
En tant qu’enseignante, elle doit apprendre qu’elle ne peut pas sauver tous les élèves. Ce n’est pas son rôle. Ni parent, ni assistante sociale, ni psy, mais lanceur d’alerte. Ceux qui tirent la sonnette d’alarme face à un enfant en souffrance.
Quelle place a encore l’art, la culture, ce qui fait de nous des hommes dans un monde inhumain ?
Ou la littérature n’a-t-elle justement jamais eu autant sa place que dans un monde au bord du gouffre ?
L’écriture est le reflet d’une pensée bien structurée, la littérature aide à vivre.
Nous sommes tous faits de ce que nous donnent les autres êtres humains : nos parents d’abord, ceux qui nous entourent ensuite, la littérature ouvre à l’infini cette possibilité d’interaction avec les autres et nous enrichit donc infiniment.
Elle nous procure des sensations irremplaçables qui font que le monde réel devient plus chargé de sens et plus beau.