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Sale gosse.

Un article de Séverine Radoux dans Le Carnet et les instants.

LE CARNET ET LES INSTANTS.  

Arthur est un jeune homme de 11 ans qui vit en garde alternée avec ses parents. La séparation de ces derniers a été très douloureuse pour lui et supporter leurs disputes incessantes est éprouvant. Sa sensibilité s’est effacée pour laisser la place à un jeune homme turbulent, capricieux et méchant. Aujourd’hui, sa mère le force à l’accompagner à la jardinerie, juste quelques minutes, pour acheter quelques fleurs. Contrarié de ne pas pouvoir aller manger tout de suite son repas préféré chez Frifrite, il décide de la pousser à bout en détournant son attention afin qu’ils soient enfermés dans le magasin durant les 2h de temps de midi.

Par un malheureux concours de circonstances, toutes les solutions logiques qui leur permettraient de sortir sans trop de peine de leur enfermement se soldent par un échec. La tension monte d’un cran : nous découvrons que la mère d’Arthur a peu de patience, est une dépensière compulsive assez irresponsable, même face à son fils. Ainsi, à quoi peut-elle penser quand elle escalade des palettes en bois en talons aiguilles pour appeler à l’aide ?

Ça lui ferait drôlement plaisir d’être secourue par des mecs avec des barres de chocolat en guise d’abdos et des cuisses musclées de bœufs Monsanto. Depuis sa séparation avec le père d’Arthur, sa vie sexuelle est en jachère et les hommes ne sont pas monnaie courante dans son quotidien. Ses beaux seins attirent les mouches, mais jamais les bonnes : dans sa situation, elle devrait préférer un plan-épargne à un plan cul.

- M’man ? À quoi tu penses ? demande Arthur.

- Aux pompiers, répond-elle sans la moindre gêne.

Une succession d’aventures s’enchainent et nous nous retrouvons bientôt face à une cheville foulée, un homme renversé par une voiture, une crise cardiaque, des lapins fugitifs, une route nationale bloquée et des policiers débordés (et ce n’est pas tout !). Lorsque les portes du magasin s’ouvrent enfin, Arthur et sa mère sont coincés sur place : personne ne bouge, ils sont désormais sur une scène de crime…

Avec Sortie interditeFrank Andriat a réussi le tour de de force de relater un récit d’aventures dans une jardinerie fermée. Les personnages qui apparaissent comme secondaires interviendront tous par la suite dans l’histoire grâce à un schéma narratif bien travaillé où les péripéties nous paraissent crédibles, s’enchainant avec fluidité. Outre l’absence de temps mort du récit, son intérêt réside dans le duo improbable entre une mère irresponsable qui dit des gros mots et un garçon de 11 ans qui mène la danse et manipule les adultes à sa guise (sauf un), ce qui donne à lire de savoureuses scènes drôles.

Arthur est médusé. C’est la première fois qu’il affronte un adulte qui le fait céder. Il est envahi d’une terrible poussée de haine envers cet homme. Ça déborde de lui. Il se jette sur le flic dès qu’il lui tourne le dos, mais celui-ci doit avoir un œil derrière la tête et se montre plus rapide. Il esquive. Arthur tombe à genoux dans la poussière. Le flic le saisit par le cou, le soulève comme un vulgaire lapin et lance froidement à Marie-Eve :

- Soit vous le calmez, soit je lui passe les menottes, Madame.

Un roman à lire pour passer un bon moment de distraction.

Séverine Radoux dans Le Carnet et les instants.

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