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Une dérive lucide entre Bruxelles et Paris.

Un article de Laurence Biava dans Acutalitté.

ACTUALITTÉ. 

Ce sont 86 pages incisives mêlant -à priori- plus de réalité que de fiction. Ma folie ordinaire raconte une déshérence qui va mener le protagoniste de Bruxelles à Paris. Entrecoupé de rencontres dans « l’espoir de saisir enfin le bonheur qu’il pense mériter », l’histoire narre quelques péripéties de tranches de vie pas si ordinaires.

La rencontre avec une psychologue aussi singulière que déconcertante et les échanges développés entre les deux personnages font partie des temps forts de ce texte maîtrisé et bien ficelé. Neirynck raconte les moments d’intimité qui fusent de ces rendez-vous professionnels autant que personnels, qui l’aident à vivre et à se consumer

Analysant son désœuvrement avec une remarquable et non moins cruelle lucidité, l’auteur raconte ces tranches de vie resserrées dans des chapitres courts aux titres tout aussi brefs. On dirait des témoignages ponctuels et avortés de la quête existentielle qu’il mène sans relâche. En coup de vent ; Sans s’attarder.

La profondeur jaillit toujours où l’on ne s’attend pas, soulignant paradoxalement la légèreté du style de Neirynck, et son recours à des phrases simples et déliées qui ne supportent aucune aspérité. Comme toujours, il y a peu de personnages – des femmes, surtout -, ce qui engendre des superpositions intéressantes de récits. Un tiroir littéraire en chasse un autre, et ces subtilités narratives font tout l’attrait de Ma folie ordinaire dont la mélancolie est un des points forts. Celle-ci ajoute à l’ambiguïté du livre, dévoilant ainsi les jeux de miroirs et de dédoublement.

C’est peut-être là qu’est assurément le prix à payer d’une course vaine au bonheur : les redditions, les refus, les obstacles dans une savante accumulation parcourent inlassablement les pages de ce récit désespéré dans l’âme.

Je fus très sensible aux tournures extraordinaires de cette histoire qui est toujours à la limite de la descente aux enfers et qui entremêle les failles et les doutes de l’existence. On connait la prédilection de Neirynck pour une littérature déchirée et râpeuse (Céline, Bukowski) et poétique (Rimbaud) jusqu’à cette solitude qui semble lui coller aux basques.

Ce roman juste est bouleversant, il permet de ressentir l’âme des êtres rejetés, qui pleurent leur jeunesse perdue, qui semblent s’enfoncer dans un puits sans fond, qui s’épanchent dans des aventures sans avenir. C’est le point d’orgue de cette quête de tendresse encore et toujours, qui ne sait visiblement plus comment s’exprimer.

J’ai bien aimé cet ouvrage émouvant et éperdu. C’est un beau texte confidentiel évolutif et impudique qui laisse le lecteur avec le cœur serré et crie immédiatement « La vie ».

Une jolie réussite. 


Voir sur le site Actualitté.com

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