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Une spirale inexorable et ascendante jusqu’au dénouement final. A lire sans retenue.

Une article de Jean-François Foulon dans Les Belles Phrases.
LES BELLES PHRASES. 

Francis Groff, après une carrière de journaliste, s’est fait connaître par des romans policiers qui se déroulent dans différentes villes de Wallonie (Charleroi, Namur, Liège, etc.). Chaque livre est documenté au préalable, l’auteur se rendant sur les lieux qu’il va décrire dans le roman pour « sentir » l’ambiance et interroger les gens du coin. Il y a du Simenon chez Francis Groff. La preuve : comme son illustre prédécesseur, il quitte ici la veine policière pour entrer dans la littérature dure. En effet, avec « L’homme sous le toit », on est en présence d’un thriller psychologique effrayant. De page en page, le lecteur découvrira les abimes de l’âme humaine. De quoi s’agit-il ?

Un couple, deux filles (des jumelles), une vie tranquille et sans histoire dans une petite ville de province dans le Nord de la France. Puis un incident survient, qui vient perturber ce bonheur familial : la maladie passagère d’une des jumelles, qui requiert toute l’attention des parents. Rien de plus banal, à première vue. Mais la sœur restée bien portante se sent délaissée et tout commence. La jalousie s’installe et le ver est dans le fruit. De chapitre en chapitre, inexorablement, l’étau va se resserrer, jusqu’au drame final. Réfugié au grenier, le père, un petit fonctionnaire sans histoire qui confectionnait des maquettes d’avions ou de bateaux, se met à écrire dans un cahier ce qu’il ressent. C’est qu’il devine le drame futur, il le pressent, sans jamais pouvoir en déterminer les causes. De page en page, le malaise s’amplifie.

Le chat de la maison observe et donne son avis d’animal domestique. Il étudie son maître et même s’il reste impassible, il devine lui aussi qu’une faille est en train de se creuser. Il est omniprésent dans la maison et, par ses réflexions pertinentes, tient un rôle proche de celui que tenait le chœur dans les tragédies antiques d’Eschyle ou de Sophocle.

Quant au narrateur, il nous donne de temps à autre les informations nécessaires.

Le livre est divisé en quatre parties, chacune comportant de courts chapitres. Le rythme est soutenu, les perspectives se modifient insensiblement, l’imprévu fait son apparition, puis le drame. Reste à savoir pourquoi celui-ci a pu avoir lieu. Le lecteur se penche au-dessus de l’épaule du père, qui continue à écrire dans on grenier. Avec lui, il s’interroge sur les causes profondes. On en devine bien une, déjà citée plus haut, à savoir la jalousie d’une des deux adolescentes envers sa sœur, mais cela n’explique pas tout. Ce n’est qu’à la fin, quand le père découvre le journal intime bien dissimulé d’une de ses filles, qu’il comprend l’ampleur de ce qui s’est réellement passé. Et lui qui ne se doutait de rien ! Comment a-t-il pu être aussi aveugle ?


C’est donc une belle réussite que ce roman qui nous tient en haleine d’un bout à l’autre. Huis-clos intimiste centré sur une famille ordinaire des plus banales en apparence. Unité de lieu : la maison et surtout le grenier et les chambres des filles. Unité d’action également : l’ennui au sein du couple, la routine, puis le malaise qui s’impose au fil des pages, l’agressivité qui grandit de manière anormale entre les deux adolescentes, la fuite du père, qui se réfugie dans son grenier « sous le toit » etc. On est dans une spirale inexorable et ascendante jusqu’au dénouement final. A lire sans retenue.

Voir sur le site Les Belles Phrases.

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