Quel a été le point de départ de ce roman ?
Un souvenir. Un jour où je rêvassais, je me suis rappelé un voyage dans le sud des États-Unis. À Charleston, j’ai visité l’ancien marché aux esclaves, aujourd’hui devenu un musée. J’ai alors imaginé un homme, mis aux enchères… à notre époque.
Quelques heures plus tard, l’idée germait : la vente aux enchères concernerait de jeunes hommes en âge de se marier. Les pères offrant la mise la plus élevée pourraient leur donner leur fille en mariage.
Dans « Le Diable se moque bien des histoires d’amour », vous campez vos personnages dans un monde élitiste et totalitaire. Pourquoi vouloir partager cette histoire ?
Parce que c’est quand la liberté des individus est menacée ou bridée qu’ils montrent de quoi ils sont vraiment capables. Et comme l’être humain est capable du meilleur comme du pire, je trouvais l’expérience intéressante.
Pouvez-vous nous raconter brièvement votre livre ?
L’histoire se déroule dans un État où il n’y a ni crise du logement ni chômage. Chaque citoyen est pris en charge dès le plus jeune âge. Études, emploi, logement et même mariage, tout leur est fourni sur un plateau. L’État règne sur tous les citoyens avec une main de fer.
Si la plupart des habitants se plient à ces lois rigides, quatre d’entre eux refusent le sort qui leur est réservé. Ensemble, ils vont tenter de trouver le bonheur, à leur façon, quitte à enfreindre toutes les lois de l’État.
Qu’est-ce qui vous a inspiré vos personnages ?
Je voulais présenter, avec un nombre limité de personnages, une variété de personnalités reflétant notre monde : des résignés, des ambitieux, des obéissants, des sanguins, etc.
Je me suis ensuite amusée à confronter tous ces personnages à la même problématique — les lois rigides d’un régime totalitaire — et voir comment chacun s’en arrangeait ou, au contraire, tentait de s’en affranchir.
Quels sont les thèmes abordés dans votre roman ?
Les thèmes sont multiples : la famille, l’amitié, les apparences, l’ambition, la peur, le courage.
L’amour (familial et romantique) tient aussi une grande place dans le roman.
Pourquoi ces thèmes ?
Les thèmes de la famille et de l’amour sont récurrents dans tous mes écrits, c’est une source d’inspiration sans fin.
Les autres thèmes sont venus tout naturellement dès l’instant où j’ai commencé à broder à partir du personnage de Mia, obligée de devenir l’épouse d’un homme qu’elle ne connaît pas. Et comme Mia n’est pas d’une nature obéissante et résignée…
Quelle(s) difficulté(s) avez-vous rencontrée(s) pendant l’écriture de ce livre ? Comment les avez-vous surmontées ?
La difficulté principale était de suivre non un, mais quatre personnages principaux, de leur donner la même importance. J’ai fini par tracer une ligne du temps sur laquelle j’ai noté tous les événements concernant chacun des personnages dans une couleur différente.
La 2e difficulté était d’écrire une dystopie avec un cadre réaliste et contemporain. Je voulais à tout prix éviter de tomber dans la dystopie futuriste hyper informatisée, où les sentiments humains n’ont pas leur place. Au contraire, je voulais que ce qui fait l’essence de l’être humain, l’affectivité, soit le grain de sable qui va enrayer la machine.
Qu’aimeriez-vous que les gens gardent de la lecture de votre roman ?
Je voudrais qu’ils n’oublient jamais que la plus grande liberté, c’est de penser par soi-même. On n’est vraiment libre qu’à partir du moment où l’on sait ce qu’on veut vraiment dans la vie.
Écrire, est-ce une évidence ?
Plus qu’une évidence, c’est devenu une seconde nature.
S’il m’arrive parfois de vouloir faire un break, le temps de vacances, entre deux romans ou nouvelles, c’est toujours l’écriture qui se rappelle à moi. Ne dit-on pas « chassez le naturel, il revient au galop » ? J’en ai pris mon parti, l’écriture est une partie de moi.
Quand vous vous mettez en mode « écriture », avez-vous besoin d’un endroit, d’un environnement particulier ? Quels sont vos moments privilégiés pour écrire ?
J’ai la chance de pouvoir écrire partout, même si j’ai une nette préférence pour les parcs en été (une couverture sur une pelouse, un tronc d’arbre et le chant des oiseaux) et mon canapé en hiver (une tisane fumante et un plaid sur les genoux).
Tout ce dont j’ai besoin, c’est d’un carnet et d’un bon stylo.
Comment écrivez-vous ? J’entends par là cette évolution à partir de l’éclosion du sujet et jusqu’à sa mise en écriture.
Mes idées partent souvent d’une question, ou d’un personnage dans une situation donnée, mais je ne commence pas à écrire avant d’avoir une idée précise de l’histoire, des personnages et de la structure du récit. Cela peut prendre du temps. Pour vous donner une idée, je suis toujours en train de mettre en place la structure d’un roman dont l’idée m’est venue en 2021.
Une fois le découpage du récit mis au point, je commence à rédiger le premier jet (toujours à la main). C’est une période intense où je dois écrire tous les jours, pour ne pas perdre le fil, il y a une forme d’urgence pour le premier jet.
Mais il arrive parfois que les personnages ou un événement viennent bouleverser mes plans. Je dois alors faire preuve de flexibilité et accepter de modifier la structure en cours d’écriture.
Vous écrivez de la fiction. Quelles parts de vous-même laissez-vous dans vos romans ?
J’y laisse surtout les questions qui me taraudent. Je cherche moins à y répondre qu’à poser et élaborer ces questions, car les réponses possibles sont toujours multiples. Que se passerait-il si… et si… et si ? C’est souvent le point de départ de mes romans et nouvelles.
Pour Romuald & Julienne, je me suis demandé pourquoi Roméo et Juliette n’avaient pas cherché à savoir pourquoi leurs familles se détestaient.
Pour Le Diable se moque bien des histoires d’amour, je me suis demandé à quel point la soif de liberté peut inciter à transgresser les lois.
Pour mon prochain roman, je vais tenter, sous couvert de fiction, de revivre un procès d’assises (après avoir été jurée en 2021).
De nombreuses femmes écrivains sont critiquées pour faire de l’autofiction. Qu’en pensez-vous ?
Personnellement, je n’ai jamais été fan d’autofiction, que ce soit en tant qu’auteure ou lectrice. Je me contente donc de ne pas en lire ou en écrire… et je ne comprends pas pourquoi les gens ont un tel besoin de critiquer un genre littéraire qu’ils n’aiment pas. Qu’ils se contentent de passer leur chemin, la production littéraire est suffisamment abondante pour contenter tout le monde… chacun ses goûts.
Le mot de la fin ?
Rendez-vous au prochain roman ?