BRUXELLES-CULTURE.
Bruno Coppens dynamite avec jubilation le dictionnaire traditionnel. Inimitable dans son rôle de docteur en détournement de la langue de Molière, il présente un projet qui ne tient aucunement compte de l’ordre alphabétique et d’aucune révérence pour la définition académique. Son ouvrage se feuillette comme on navigue sur une plateforme, au gré des envies, des humeurs ou des petits naufrages intimes. Ce choix ne possède rien d’anecdotique et traduit un regard profondément contemporain du langage pour le métamorphoser en terrain de jeu. Le lecteur picore, saute d’une page à l’autre, revient en arrière ou s’attarde sur une définition. Le livre épouse les errances mentales plutôt que de les contraindre. La vraie force de la plume de l’auteur tient dans son art du décalage. Tout devient matière à faire exploser les carcans. A la longue, on pourrait craindre une certaine automatisation du calembour. Il n’en est heureusement rien ! Parce que l’auteur varie sans cesse les registres et passe de l’absurde pur à la satire sociale, du clin d’œil grivois à l’observation quasi sociologique. Il assume cette liberté de ton et flirte parfois avec l' irrévérence. D’un point de vue critique, ce dictionnaire interroge notre rapport au langage. En détournant les mots, il rappelle qu’ils ne nous appartiennent jamais tout à fait et qu’ils peuvent sans cesse être réinventés. Cette malléabilité, mise en scène avec humour, devient une forme de résistance face à la rigidité des discours dominants. Il faut enfin saluer l’intelligence du dispositif éditorial. En refusant la linéarité, Le Dico dont vous êtes le héros s’inscrit pleinement dans une logique contemporaine de piochage. Chaque mot ou expression devient une porte d’entrée vers une réflexion, aussi légère soit-elle, et assurément … à saisir ou à jeter !
Willy Smedt pour Bruxelles-Culture.